Yoga

Les fascias

Négligés pendant mes études de médecine, ils sont sur le devant de la scène actuellement. On en parle en YOGA, en Médecine Traditionnelle Chinoise mais aussi en ostéo-thai massage, et même en médecine plus traditionnelle.

Mon but, ici, est de concentrer ce que moi, j’en retiens et qui me parait pertinent et intéressant pour toute pratique corporelle mais aussi pour une approche plus fonctionnelle du corps humain (et notamment dans le contexte des Douleurs Chroniques).

Regardez à ce propos cette petite vidéo de ARTE, elle résume bien la suite de mon texte 😉

super intéressante et elle donne envie d’en savoir plus, hein ?

Succinctement mais je vous invite à ne pas vous arrêter là 🙂

les fascias sont un « organe » qui entoure et relie tous les organes du corps.

Cet « organe » est un tissu tridimensionnel, continu de la tête aux pieds, et de la peau à chaque cellule à l’intérieur de notre corps.

Fascia signifie « faisceau, bande » en latin.

Vous en avez déjà vus : c’est la fine membrane qui entoure un filet de poulet et qui se termine par un tendon blanc.

Test pratique (tiré du livre Prendre soin de ses fascias de Nora Reim) : les pieds sur le rebord d’une marche, laissez descendre les talons sous la marche. Vous sentez le tendon d’Achille qui se tend du talon, parfois on le sent même de dessous l’arche du pied, vers le mollet, voire même qui remonte le long de l’arrière de vos cuisses ? C’est un fascia !

La discipline médicale la plus en contact avec les fascias est la chirurgie mais ce sont bien les fascias sur lesquels les massages ou les étirements agissent.

les fascias ressemblent à une vaste toile d’araignée blanche, parfois translucide, tissée soigneusement à travers tout le corps. Pour certaines, ils pèseraient pas moins d’un TIERS du poids d’un adulte! (Image ARTE)

Composés de tissu conjonctif (« qui conjoint, qui unit »), ils sont formés de fibres, de cellules et de molécules baignant dans un gel aqueux appelé matrice extracellulaire :

  • fibres de collagène, d’élastique, …
  • cellules : les fibroblastes (fabriquant du collagène -et oui le fameux collagène !-, élastine, nectines, GAG …) mais aussi des cellules immunitaires (globules blancs et macrophages, …) et des adipocytes (oups aussi appelées cellules graisseuses blanches et brunes; selon leur densité, on parlera de tissu adipeux du coup)
  • glycosaminoglycanes ou GAG : acide hyaluronique (oui oui comme celui qu’on injecte dans les rides !), chondroïtine, glucosamine, …)
  • et enfin de l’eau comme tout le corps (minimum 60 % idéalement)

Cette matrice est aussi un carrefour de vaisseaux sanguins et lymphatiques mais aussi de tissu nerveux, ce qui permet de les mettre en étroite relation avec tous les autres systèmes de notre corps : les fascias constituent un « organe » doté ( si ce n’est le plus doté 😉 ) en récepteurs sensoriels, tournées tant vers l’extérieur que vers l’intérieur du corps.

Cette matrice est aussi un carrefour de vaisseaux sanguins et lymphatiques mais aussi de tissu nerveux

Enfin, cette matrice est énergivore et donc riche en mitochondries (nos petites usines intracellulaires pour produire de l’ATP, énergie pour nos cellules).

Le système fascial est décrit comme un squelette intérieur souple et adaptable (C. Courraud, Fascias, le nouvel organe clé de votre santé, 2019).

Leurs propriétés

Elles sont liées à leur structure

  • les fascias sont résistants, flexibles, élastiques et déformables (mais pas indéfiniment)
  • la tenségrité : les fascias assurent le maintien dynamique d’un équilibre entre leur tension et la compression osseuse : sans eux, les os s’écrouleraient comme un tente avec ses piquets mais sans les tenseurs… (définition de la tenségrité : en architecture, faculté d’une structure à s‘équilibrer par le jeu des tensions et compressions)
  • Sensibles à de multiples sensations : direction, pression, vibration, température, douleur…
  • réservoir d’énergie et d’eau (les GAG retiennent l’eau comme une éponge)
  • milieu d’échanges nutritionnels, hormonaux, nerveux, immunitaires, informationnels (notamment mécaniques via leurs transformations en messages chimiques, électriques et sans doute, vibratoires)
  • et sont contractiles

Quelles fonctions ont les fascias ?

Ils protègent, soutiennent et séparent les organes.

Ils protègent, soutiennent et séparent les organes

Ils assurent la globalité du corps

Ils participent à la mobilité, la stabilité, l’adaptabilité, la coordination et la résistance à la gravité.

Le fascia serait notre plus grand organe sensoriel : ses récepteurs captent ce qui se passe autour de nous et à l’intérieur de nous (intéroception), la proprioception (perception de la position du corps dans l’espace : bien plus que les muscles, pourtant impliqués dans la position) et la nociception (perception de la douleur).

Siegfried Mense (Sensory Innervation of the thoracolumbar Fascia in Rats and Humans, neuroscience 2011) et son équipe ont ainsi démontré le lien étroit entre fascias, niveau de stress et mal de dos chronique. Il a démontré la présence de récepteurs de la douleur dans les fascias, qui sont, pour rappel, en nombre nettement supérieur que dans les muscles.

Fixant et libérant l’eau, passant de l’état de gel à celui de liquide selon les besoins d’hydratation, de lubrification et de minéralisation (les os pex) des tissus, ils sont le réservoir de tous les liquides. Ils participent à l’activité électrique cellulaire (et donc au fonctionnement au coeur de la cellule). Et ils sont indispensables à toute cicatrisation.

C’est au sein de la matrice, que s’opèrent les échanges entre le sang, la lymphe et les cellules permettant ainsi les fonctions physiologiques. Citons : le sommeil, l’élimination, la nutrition, l’immunité…. Et la mobilité des fascias contribue à la bonne circulation des fluides du corps : le sang et la lymphe.

Les mitochondries, très denses au sein des fascias pour produire l’énergie dont ils ont besoin, sont nécessaires aux processus intracellulaires et sont impliquées dans la maladie en général.

Le microbiote intestinal notamment, en fabriquant des substances servant à l’activité des mitochondries interagit avec les fascias aussi.

Les fascias sont également un pont entre le corps et le psychisme : leurs multiples récepteurs, via les informations transmises, vont être à la base des émotions, du coup des pensées liées aux émotions, ces pensées menant à la conscience de soi, cette conscience de soi pouvant s’ouvrir vers les autres (la sociabilité, l’affectivité) et finalement, au bien-être de l’individu au sein duquel les fascinas sont organisés. Cette matrice nous aide à l’équilibre corporel mais également mental : dans notre relation au monde.

Et quand les fascias ne fonctionnent pas bien alors ?

Les fascias peuvent subir une baisse de flexibilité et d’élasticité, et, à terme, des tensions voire des blocages, des adhérences peuvent arriver. Leurs causes sont à l’étude : sédentarité, déshydratation, acidose, inflammation, intoxication, carences nutritionnelles, substances nocives produites par la dégradation de certains aliments, perturbation de phénomènes électriques.

Les fascias sont très sensibles au stress sous toutes ses formes et à son corollaire, l’inflammation. (Pr P. Alessio. L’inflammation, 2019).

Des troubles physiques, cognitifs, psychiques et émotionnels peuvent alors survenir, difficiles à appréhender à cause de leurs variétés.

Les plus évidents sont

  • les problèmes posturaux
  • les raideurs et contractures musculaires (douleurs inexpliquées, lombaires et cervicales pex)
  • les points gâchettes (ou trigger points)
  • la fibrose tissulaire avec des soucis de cicatrisation
  • mais également des soucis liés à l’apprentissage (*cf infra), à la coordination motrice ou même le syndrome de stress post-traumatique pour certains.

Les effractions tissulaires (blessures, entorses, fractures, opérations…) sont autant d’occasion de cicatrices, d’adhérences….de points gâchettes.

mais en cas d’activité physique intense, de musculation inadaptée ou quand on porte des charges trop lourdes, les tissus mous seront sollicités excessivement avec parfois des conséquences sur tout le tissu myofascial, qui est élastique, déforma le mais pas indéfiniment: douleurs, tendinites, entorses ou points gâchettes peuvent apparaître.

Ainsi qu’est-ce qui perturbe les fascias ?

  • les chocs physiques
  • les traumatismes
  • la position assise prolongée
  • les gestes répétitifs

ont tendance à rendre les fascias plus rigides et plus denses.

  • les chocs émotionnels
  • le stress

créent aussi des tensions et des crispations qui peuvent perturber durablement tout le système fascial.

Résultats ?

Les adhérences des fascias impactent la sphère sensitive et émotionnelle, la perception de son propre corps, des autres et du monde, le fonctionnement cognitif…avec à la clé un état de mal-être.

Le découverte de liens étroits entre le système fascial et l’intéroception (la capacité à évaluer les états internes de sa propre activité physiologique) ouvre aujourd’hui de nouvelles voies d’approches de la maladie : les thérapies de la conscience du corps et de soi (body and self-awareness therapies) ouvrent des pistes nouvelles pour traiter de nombreux troubles comme l’anxiété, la dépression, le stress post-traumatique, les douleurs … Peter Levine https://www.apf-somatic-experiencing.com/

Enfin, les fascias sont aussi un espoir pour mieux comprendre et traiter de nombreuses maladies, comme par exemple dans le domaine de la cancérologie : les étirements des fascias réduisant les fibroses et les inflammations, la recherche se tourne sur la possibilité d’une source potentielle de traitement complémentaire des cancers par le ciblage des fascias. (Dr Helene Langevin, Université du Vermont, USA) :

Connecting (T)issues: How Research in Fascia Biology Can Impact Integrative Oncology

Helene M Langevin 1Patricia Keely 2Jun Mao 3Lisa M Hodge 4Robert Schleip 5Gary Deng 6Boris Hinz 7Melody A Swartz 8Beverley A de Valois 9Suzanna Zick 10Thomas Findley 11

Affiliations expand

Abstract

Complementary and integrative treatments, such as massage, acupuncture, and yoga, are used by increasing numbers of cancer patients to manage symptoms and improve their quality of life. In addition, such treatments may have other important and currently overlooked benefits by reducing tissue stiffness and improving mobility. Recent advances in cancer biology are underscoring the importance of connective tissue in the local tumor environment. Inflammation and fibrosis are well-recognized contributors to cancer, and connective tissue stiffness is emerging as a driving factor in tumor growth. Physical-based therapies have been shown to reduce connective tissue inflammation and fibrosis and thus may have direct beneficial effects on cancer spreading and metastasis. Meanwhile, there is currently little knowledge on potential risks of applying mechanical forces in the vicinity of tumors. Thus, both basic and clinical research are needed to understand the full impact of integrative oncology on cancer biology as well as whole person health. Cancer Res; 76(21); 6159-62. ©2016 AACR.

si vous avez une heure devant vous et que vous comprenez l’anglais

Pour Robert Schleip, biologiste et directeur du Fascia Research group à ULM (Allemagne), les fascias gagneraient à se reposer 48h entre 2 efforts importants le temps de produire du collagène frais.

* Concernant l’apprentissage : une majorité des enfants de 10 ans en échec scolaire présenteraient un problème d’intégration de certains réflexes archaïques, dés dysfonctionnements posturaux et moteurs entraînant des troubles « des », de l’attention ou de l’hyperactivité. Ces réflexes archaïques sont au nombre d’une quarantaine et ils sont responsables de toute la motricité réflexe de l’enfant, qui lui permet de survivre jusqu’à l’apparition de la motricité volontaire (réflexe d’agrippement, celui de peur paralysante etc) : ils doivent pour la plupart être inhibés, intégrés, avant l’âge d’un an (Paul Landon https://www.reflexes.org)

Comment prendre soin de nos fascias ?

Vous l’avez compris, l’univers des fascias fascine.

Une des découvertes importantes est leur faculté de régénération par le mouvement et le massage. Constitués d’eau, de protéines (collagène, élastique..), de protéoglycans (un assemblage complexe de protéines et de glucides qui retiennent l’eau), une des approches est évidemment l’alimentation de qualité et l’hydratation (cf la capsule sur un mode de vie sain), éviter les aliments ultra-transformés, réduire les perturbateurs endocriniens (n’oubliez pas que les fascias sont sensibles aux hormones).

Ensuite, il faut bouger, les faire glisser les uns sur les autres, les étirer, les masser : le mouvement et de toutes les manières : marcher, faire le ménage, yoga, natation, sport intense (mais respecter le repos cf supra), mais aussi activité physique (cf la capsule l’important c’est de bouger !) et de toutes les façons lentement et en conscience (ce qui semble « soigner » plus les fascia) et intensivement (ce qui « stimule » les fascias et qui peut être aussi amusant).

voir aussi les capsules entre-autres (gynécologie)

  • l’important c’est de bouger
  • un mode de vie sain
  • Les douleurs pelviennes chroniques
Le texte est de Vinciane Biernaux. Si vous l’utilisez, merci de créditer l’auteur.